Lecture Alfred Fessard

La lecture Alfred Fessard 2026 sera donnée

par Claire Rampon (CRCA, CBI, Toulouse, France)

sur le thème :

How adult neurogenesis changed our understanding of memory

le mercredi 27 mai 2026 à 14h00

au Centre de Biologie Intégrative de Toulouse, dans le cadre des Journées Thématiques 2026.

© Julie Bourges

Portrait de Claire Rampon, par Laure Verret et Christelle Peyron

Après avoir grandi dans le Mâconnais, c’est naturellement que Claire Rampon a poursuivi ses études supérieures en biologie à l’Université Claude Bernard Lyon 1. En 1993, elle rejoint le laboratoire de Michel Jouvet, qu’il avait baptisé, avec un certain sens de la formule, « Onirologie moléculaire », et dont l’approche intégrative du cerveau a profondément influencé le parcours de Claire. Il est d’ailleurs particulièrement symbolique que Michel Jouvet ait lui-même été lauréat du Prix Alfred Fessard en 1994. Claire y mènera ses travaux de thèse (soutenue en 1997) sous la direction de P.-H. Luppi et P. Fort, travaux qui ont permis d’identifier les mécanismes inhibiteurs responsables de l’atonie musculaire caractéristique du sommeil paradoxal.

C’est toutefois vers un autre champ que Claire Rampon va rapidement se tourner. Une bourse postdoctorale de la Fondation Fyssen en poche, elle poursuit sa carrière à Princeton University, dans le laboratoire de Joe Tsien, où elle découvre l’étude des mécanismes de la mémoire. Son activité scientifique, d’une intensité et d’une productivité remarquables, contribue à une série de travaux majeurs sur les bases moléculaires et cellulaires des processus mnésiques. Ses contributions aux études sur les récepteurs NMDA, la consolidation et les effets de l’enrichissement environnemental (publiées notamment dans Nature, Science, Neuron et PNAS en seulement 3 ans) comptent aujourd’hui parmi les références les plus citées du domaine. Elle y affirme ce qui restera une signature de l’ensemble de son parcours : un regard de neuroanatomiste, précis et exigeant, mis au service de questions fonctionnelles fondamentales. Autrement dit, comprendre non seulement où et comment les circuits sont organisés, mais aussi ce qu’ils font réellement.

Recrutée en 2000 comme maîtresse de conférences à Université Paris-Sud dans le laboratoire de Serge Laroche, elle découvre l’enseignement, qu’elle investit avec enthousiasme, et s’engage dans l’étude de la neurogenèse adulte hippocampique, domaine de recherche alors en plein essor. Elle contribue à en révéler la portée fonctionnelle et montre que l’intégration des neurones formés dans le cerveau adulte dépend étroitement de l’expérience et de l’environnement. Ces travaux seront récompensés en 2002 par l’attribution de la médaille de bronze du CNRS.

Une nouvelle étape s’ouvre lorsqu’elle est nommée membre junior de l’Institut Universitaire de France en 2003. Elle mène alors de front ses activités d’enseignement à Orsay et le développement de ses recherches à Toulouse, au Centre de Recherches sur la Cognition Animale (CRCA) où elle découvre un écosystème scientifique et culturel singulier, particulièrement propice aux échanges et aux idées. Cette période de double ancrage sera déterminante : elle choisira de s’installer durablement dans la Ville rose, en rejoignant le CNRS comme chargée de recherche.

À Toulouse, Claire Rampon développe un programme de recherche original à l’interface entre la plasticité hippocampique et les fonctions cognitives. Ses travaux explorent, avec constance et créativité, la manière dont les neurones nouvellement générés s’intègrent dans les circuits existants et participent à la dynamique des souvenirs, en conditions physiologiques et pathologiques, notamment dans des modèles de maladies neurodégénératives, contribution reconnue par le prix FRM Marie-Paule Burrus en 2019.

Mais l’apport de Claire Rampon ne se mesure pas uniquement à ses résultats expérimentaux. Directrice-adjointe du Centre de Recherches sur la Cognition Animale pendant trois ans, puis directrice de ce même laboratoire depuis 2018, co-responsable de l’équipe REMEMBeR, elle joue un rôle majeur dans la structuration des neurosciences à Toulouse, ainsi que dans la construction du Centre de Biologie Intégrative. Depuis plus de dix ans, Claire Rampon œuvre avec succès à faire émerger et développer un environnement scientifique reconnu, fondé sur le dialogue entre niveaux d’analyses, du circuit au comportement, prônant avec force et conviction la culture de la collaboration, de l’équité, de la diversité et de la visibilité des femmes en sciences.

Par la cohérence de son parcours, la profondeur de ses contributions et la manière dont elle a su faire dialoguer anatomie, plasticité et cognition, Claire Rampon s’inscrit pleinement dans l’esprit du Prix Alfred Fessard, un prix qui distingue autant des avancées scientifiques majeures que des personnalités qui font vivre et progresser leur discipline.

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