
Les rythmes sont partout. Circadiens ou saisonniers, ils ont façonné au fil de l'évolution l'organisation des êtres vivants, de la cellule au comportement. Ce dossier explore les grandes avancées récentes dans ce domaine, des mécanismes moléculaires les plus fondamentaux jusqu'aux rythmes cérébraux qui structurent notre vie sociale et cognitive.

Tout commence à l'échelle moléculaire. Anne-Marie François-Bellan décrypte le fonctionnement des « sabliers moléculaires » de l'horloge circadienne, tandis que François Rouyer en explore la base génétique chez la drosophile, un modèle qui a profondément renouvelé notre compréhension des horloges biologiques. La lumière est le premier synchroniseur de ces horloges. Amandine Bery et Marie-Paule Felder-Schmittbuhl décrivent comment des cellules rétiniennes spécialisées — distinctes des photorécepteurs classiques — acheminent l'information lumineuse aux noyaux suprachiasmatiques. Maelys Souilhol et Claude Gronfier analysent ensuite les effets non visuels de la lumière et soulignent l'importance d'une exposition adaptée pour maintenir des rythmes de sommeil sains. Mais le sommeil n'est pas un simple temps de repos, et Joy Perrier montre son rôle crucial dans les processus mnésiques et les conséquences cognitives de ses perturbations. Marine Dourte et Christina Schmidt précisent quant à elles comment l'alternance veille/sommeil module nos performances au fil de la journée : nous ne sommes tout simplement pas égaux à toutes les heures.
Les rythmes concernent également les grandes fonctions biologiques qui obéissent elles aussi à des temporalités précises. Louise Sicot, Elisa Nied et Valérie Simonneaux décrivent les mécanismes neuroendocriniens qui régissent les rythmes reproducteurs chez les mammifères. Etienne Challet explore les liens entre rythmes alimentaires et organisation temporelle circadienne, et comment un régime déséquilibré peut les perturber durablement. Plus inattendu, la photopériode est capable de moduler la neurogenèse adulte et Martine Migaud montre comment cette modulation participe à la régulation saisonnière de la reproduction.
L'influence des rythmes remonte aussi vers le cerveau. Karim Benchenane révèle comment le rythme respiratoire module l'activité du cortex préfrontal et la dynamique du stress — bien au-delà du simple apport en oxygène. Enfin, les oscillations cérébrales constituent un niveau d'organisation à part entière. Grégor Thut et Laura Dugué montrent leur rôle dans la modulation de l'attention et de la perception. Guillaume Dumas clôt ce dossier en explorant comment la synchronisation des rythmes neuronaux sous-tend les interactions sociales, avec des perspectives prometteuses en psychiatrie et dans les interfaces cerveau-machine.
Bonne lecture.