{"id":13277,"date":"2020-04-15T18:36:50","date_gmt":"2020-04-15T16:36:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.neurosciences.asso.fr\/2020\/04\/nouvelles-pistes-pour-comprendre-la-resilience-au-trauma\/"},"modified":"2020-04-15T18:38:01","modified_gmt":"2020-04-15T16:38:01","slug":"nouvelles-pistes-pour-comprendre-la-resilience-au-trauma","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.neurosciences.asso.fr\/en\/2020\/04\/nouvelles-pistes-pour-comprendre-la-resilience-au-trauma\/","title":{"rendered":"Nouvelles pistes pour comprendre la r\u00e9silience au trauma"},"content":{"rendered":"<p>Les attentats de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015, ont laiss\u00e9 des marques durables, non seulement sur les survivants et leurs proches, mais aussi sur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise dans son ensemble. Dans le cadre du <a href=\"https:\/\/www.memoire13novembre.fr\/le-programme\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">programme transdisciplinaire 13-Novembre<\/a>, une \u00e9tude d\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale en IRM intitul\u00e9e\u00a0Remember et men\u00e9e \u00e0 Caen, s\u2019att\u00e8le \u00e0 une question majeure qui intrigue les neuroscientifiques\u00a0depuis des ann\u00e9es : pourquoi certaines personnes ayant v\u00e9cu un traumatisme souffrent-elles de stress post-traumatique, alors que d\u2019autres, r\u00e9silientes, ne d\u00e9veloppent jamais ce trouble\u00a0?<\/p>\n<p>Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) peut se d\u00e9velopper chez certains individus ayant \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements traumatisants. Parmi les sympt\u00f4mes les plus caract\u00e9ristiques, l\u2019intrusion fr\u00e9quente du souvenir des images, des odeurs et des sensations associ\u00e9es au traumatisme v\u00e9cu, bouleversent la vie quotidienne et induisent une grande d\u00e9tresse.\u00a0L\u2019\u00e9tude men\u00e9e par les chercheurs Caenais, publi\u00e9e dans la revue <em>Science<\/em> le 14 f\u00e9vrier 2020, permet de mieux comprendre l\u2019origine des souvenirs intrusifs.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les mod\u00e8les traditionnels du TSPT, la persistance des souvenirs intrusifs douloureux s\u2019expliquerait par un dysfonctionnement de la m\u00e9moire, et notamment de l\u2019hippocampe, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un vinyle ray\u00e9 rejouant en boucle les m\u00eames fragments de nos souvenirs. Par ailleurs, les tentatives par les patients de suppression et de contr\u00f4le de leurs souvenirs traumatiques ont longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme un m\u00e9canisme inefficace et une strat\u00e9gie n\u00e9gative, renfor\u00e7ant les intrusions et aggravant la situation des personnes souffrant de TSPT.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude publi\u00e9e dans <em>Science<\/em> remet en cause certaines de ces id\u00e9es, et \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se que la r\u00e9surgence intempestive des images et pens\u00e9es intrusives serait li\u00e9e \u00e0 un dysfonctionnement des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux impliqu\u00e9s dans le contr\u00f4le de la m\u00e9moire (pour reprendre l\u2019image pr\u00e9c\u00e9dente, le bras de la platine vinyle contr\u00f4lant la lecture des souvenirs).<\/p>\n<p>Afin de mod\u00e9liser la r\u00e9surgence des souvenirs intrusifs, sans les exposer \u00e0 nouveau aux images choquantes des attentats, les chercheurs ont propos\u00e9 un protocole de recherche s\u2019appuyant sur la m\u00e9thode Think\/No-Think \u00e0 120 survivants des attaques de Paris, dont pr\u00e8s de la moiti\u00e9 souffrait de TSPT. 73 personnes n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es aux attentats ont \u00e9galement pris part \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Cette m\u00e9thode vise \u00e0 cr\u00e9er des associations entre un mot indice et un objet du quotidien n\u2019ayant rien \u00e0 voir l\u2019un avec l\u2019autre (par exemple le mot \u00ab chaise \u00bb avec l\u2019image d\u2019un ballon), afin de reproduire la pr\u00e9sence d\u2019une intrusion lors de la confrontation avec le mot indice. Dans un second temps, la capacit\u00e9 des participants \u00e0 chasser et supprimer l\u2019image intrusive est mesur\u00e9e par le biais de la connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale entre les r\u00e9gions de contr\u00f4le, situ\u00e9es dans le cortex pr\u00e9frontal et les r\u00e9gions des souvenirs, telles que l\u2019hippocampe.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats montrent que les participants souffrant de TSPT pr\u00e9sentent une d\u00e9faillance des m\u00e9canismes qui permettent de supprimer et de r\u00e9guler l\u2019activit\u00e9 des r\u00e9gions de la m\u00e9moire lors d\u2019une intrusion (notamment l\u2019activit\u00e9 de l\u2019hippocampe). A l\u2019inverse, cette capacit\u00e9 est largement pr\u00e9serv\u00e9e, voir sup\u00e9rieure, chez personnes r\u00e9silientes. Ces r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que le m\u00e9canisme de suppression des souvenirs n\u2019est pas intrins\u00e8quement mauvais et \u00e0 l\u2019origine des intrusions comme on le croyait. En revanche, son dysfonctionnement l\u2019est, ce qui conduit \u00e0 sa surutilisation chez les TSPT.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats soulignent que la persistance du souvenir traumatique n\u2019est vraisemblablement pas uniquement li\u00e9e \u00e0 un dysfonctionnement de la m\u00e9moire, mais \u00e9galement \u00e0 un dysfonctionnement de son contr\u00f4le. Reste \u00e0 d\u00e9terminer si ces difficult\u00e9s de contr\u00f4le se sont instaur\u00e9es apr\u00e8s le traumatisme, ou \u00e9taient pr\u00e9sentes avant, rendant l\u2019individu plus vuln\u00e9rable.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats permettent \u00e9galement d\u2019imaginer de nouvelles pistes de traitement. \u00c0 l\u2019heure actuelle, la plupart des th\u00e9rapies existantes impliquent de se confronter au traumatisme, ce qui n\u2019est pas toujours \u00e9vident pour les patients. Proposer des interventions d\u00e9connect\u00e9es des \u00e9v\u00e9nements traumatiques, stimulant les m\u00e9canismes de contr\u00f4le identifi\u00e9s dans cette \u00e9tude, pourrait \u00eatre un compl\u00e9ment utile pour entra\u00eener les patients \u00e0 mettre en place des m\u00e9canismes de suppression plus efficaces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence\u00a0:<\/p>\n<p>Mary A., Dayan J., Giovani Leone, Charlotte Postel, Florence Fraisse, Carine Malle, Thomas Vall\u00e9e, Carine Klein-Peschanski, Fausto Viader, Vincent de la Sayette, Denis Peschanski, Francis Eustache, Pierre Gagnepain, \u00ab Resilience after trauma : the role of memory suppression \u00bb. <em>Science<\/em> <strong>367<\/strong>, 756, 2020, DOI: 10.1126\/science.aay8477<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Contact chercheur\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"mailto:gagnepain@cyceron.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Pierre Gagnepain<\/a><\/p>\n<p>INSERM-EPHE-UNICAEN U1077, &#8220;Neuropsychologie et Imagerie de la M\u00e9moire Humaine&#8221; (NIMH),<\/p>\n<p>GIP Cyceron, Caen<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les attentats de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015, ont laiss\u00e9 des marques durables, non seulement sur les survivants et leurs proches, mais aussi sur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise dans son ensemble. 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