{"id":12272,"date":"2019-11-05T10:41:41","date_gmt":"2019-11-05T08:41:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.neurosciences.asso.fr\/2019\/11\/lisolation-des-calculs-corticaux-pendant-les-ondes-delta-permet-la-consolidation-de-la-memoire\/"},"modified":"2019-11-05T10:45:23","modified_gmt":"2019-11-05T08:45:23","slug":"lisolation-des-calculs-corticaux-pendant-les-ondes-delta-permet-la-consolidation-de-la-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.neurosciences.asso.fr\/en\/2019\/11\/lisolation-des-calculs-corticaux-pendant-les-ondes-delta-permet-la-consolidation-de-la-memoire\/","title":{"rendered":"L\u2019isolation des calculs corticaux pendant les ondes delta permet la consolidation de la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>Pendant la majeure partie de notre temps de sommeil, notre cortex alterne entre des p\u00e9riodes<br \/>\nd\u2019intense activit\u00e9 et des p\u00e9riodes de silence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Ces p\u00e9riodes de silence forment de grandes<br \/>\nd\u00e9viations sur les enregistrements \u00e9lectro-enc\u00e9phalographiques, qu\u2019on nomme \u00ab ondes delta \u00bb, et qui<br \/>\njouent un r\u00f4le fondamental dans la m\u00e9moire : elles permettent de stabiliser les souvenirs \u00e0 long<br \/>\nterme, notamment gr\u00e2ce \u00e0 leur couplage avec d\u2019autres rythmes c\u00e9r\u00e9braux. Pourtant, les m\u00e9canismes<br \/>\nsous-jacents demeurent \u00e9nigmatiques : comment des p\u00e9riodes de silence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 permettent-elles<br \/>\naux circuits corticaux de se r\u00e9organiser pour consolider la m\u00e9moire ?<br \/>\nPour bien prendre la mesure de cette \u00e9nigme, nous devons revenir un instant sur ce que nous savons<br \/>\nde l\u2019activit\u00e9 du cerveau pendant le sommeil \u00e0 ondes lentes. La plupart de nos connaissances sur les<br \/>\nm\u00e9canismes fins nous viennent de travaux men\u00e9s chez le rongeur. Nous savons tout d\u2019abord que<br \/>\nl\u2019hippocampe, la structure c\u00e9r\u00e9brale qui permet entre autres de former de nouveaux souvenirs, se<br \/>\nr\u00e9active spontan\u00e9ment en g\u00e9n\u00e9rant une activit\u00e9 semblable \u00e0 celle de l\u2019\u00e9veil : comme si l\u2019animal<br \/>\n\u00ab r\u00eavait \u00bb de ce qu\u2019il vient de vivre pendant l\u2019exp\u00e9rience scientifique \u00e0 laquelle il a particip\u00e9. Ces<br \/>\ninformations sont transmises au cortex, qui r\u00e9pond en activant des sous-groupes de neurones bien<br \/>\nsp\u00e9cifiques. Souvent, ce dialogue est suivi d\u2019une onde delta et d\u2019une activit\u00e9 rythmique appel\u00e9e<br \/>\n\u00ab fuseau de sommeil \u00bb : c\u2019est \u00e0 ce moment semble-t-il que les circuits corticaux se r\u00e9organisent pour<br \/>\nformer des souvenirs stables. Mais alors, pourquoi le dialogue hippocampo-cortical est-il interrompu<br \/>\npar une p\u00e9riode de silence (onde delta) juste avant que les circuits corticaux ne puissent prendre en<br \/>\ncompte ces \u00e9changes pour se r\u00e9organiser ? Ce silence n\u2019efface-t-il pas les informations pertinentes ?<br \/>\nEn examinant les ondes delta de plus pr\u00e8s, nous avons tout d\u2019abord constat\u00e9 que contrairement \u00e0<br \/>\nl\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e par la communaut\u00e9 scientifique, le cortex ne devenait pas totalement<br \/>\nsilencieux : \u00e0 chaque onde delta, un petit nombre de neurones sans cesse changeant restaient actifs.<br \/>\nEt il ne s\u2019agissait pas d\u2019un simple bruit de fond : de fa\u00e7on surprenante, nous avons d\u00e9couvert que<br \/>\nces neurones formaient ce que les chercheurs nomment des \u00ab assembl\u00e9es \u00bb \u2014 des ensembles de<br \/>\nneurones qui s\u2019activent ensemble et de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e pour permettre au cortex de coder des<br \/>\ninformations. Plus \u00e9tonnant encore, ces assembl\u00e9es se formaient en r\u00e9ponse aux r\u00e9activations<br \/>\nspontan\u00e9es de l\u2019hippocampe. Cette observation inattendue sugg\u00e9rait qu\u2019elles pouvaient \u00eatre<br \/>\nimpliqu\u00e9es dans la consolidation de la m\u00e9moire. Et de fait, ces assembl\u00e9es contenaient<br \/>\nprincipalement des neurones qui avaient \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement impliqu\u00e9s dans la t\u00e2che de<br \/>\nm\u00e9morisation que les rats avaient accomplie juste avant la p\u00e9riode de sommeil. L\u2019onde delta serait-elle<br \/>\ndonc une p\u00e9riode de silence s\u00e9lectif, o\u00f9 la majorit\u00e9 des neurones deviennent silencieux pour ne<br \/>\npas perturber une minorit\u00e9 de neurones qui joueraient un r\u00f4le fondamental \u00e0 un moment-clef ? Pour<br \/>\nen avoir le coeur net, nous avons adapt\u00e9 la t\u00e2che de m\u00e9moire spatiale pour que les rats ne se<br \/>\nsouviennent pas de leur exp\u00e9rience le lendemain. Puis nous avons provoqu\u00e9 des ondes delta<br \/>\nartificielles au bon moment, pour isoler des neurones associ\u00e9s aux r\u00e9activations hippocampiques, ou<br \/>\nquelques dizaines de millisecondes plus tard, pour isoler d\u2019autres neurones au hasard. R\u00e9sultat :<br \/>\nlorsque nous avons isol\u00e9 les bons neurones, et seulement dans ce cas, les rats ont pu stabiliser leurs<br \/>\nsouvenirs et ont parfaitement r\u00e9ussi le test le lendemain.<br \/>\nCes r\u00e9sultats sugg\u00e8rent donc une profonde r\u00e9vision de notre compr\u00e9hension du cortex : les ondes<br \/>\ndelta ne seraient pas des p\u00e9riodes de silence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 o\u00f9 le cortex devient inactif et se repose, mais<br \/>\nun moyen d\u2019isoler tr\u00e8s s\u00e9lectivement des assembl\u00e9es de neurones choisies, qui g\u00e9n\u00e8rent et<br \/>\nmaintiennent une information cruciale entre les p\u00e9riodes de dialogue hippocampo-cortical et de<br \/>\nr\u00e9organisation des circuits corticaux, pour former des souvenirs \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence<\/strong><\/p>\n<p>Todorova R, Zugaro M. Isolated cortical computations during delta waves support memory consolidation. Science. 2019 Oct 18;366(6463):377-381. doi: 10.1126\/science.aay0616.<\/p>\n<p><strong>Contact chercheur<\/strong><\/p>\n<p>Center for Interdisciplinary Research in Biology (CIRB), Coll\u00e8ge de France, CNRS, INSERM, Universit\u00e9 PSL, Paris, France. <a href=\"mailto:michael.zugaro@college-de-france.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">michael.zugaro@college-de-france.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant la majeure partie de notre temps de sommeil, notre cortex alterne entre des p\u00e9riodes d\u2019intense activit\u00e9 et des p\u00e9riodes de silence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. 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