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La synaptogenèse met en jeu des processus complexes de communication bi-directionnelle entre éléments pré- et post-synaptiques. Notamment, à la jonction neuromusculaire, l'agrine libérée par le motoneurone joue un rôle-clé dans la synaptogenèse des synapses cholinergiques en permettant l'agrégation des récepteurs nicotiniques postsynaptiques. La présence d'agrine dans le système nerveux central pose la question de son implication dans la maturation des synapses neuro-neuronales. Pour aborder cette problématique, nous avons étudié les effets de l'agrine sur les courants synaptiques nicotiniques de la synapse entre le nerf splanchnique et les cellules chromaffines dans des tranches de glandes surrénales, chez le rat nouveau-né (synapse immature) et le rat adulte. L'agrine est très exprimée chez l'adulte mais faiblement présente chez le nouveau-né. L'immaturité de la synapse se caractérise par des courants synaptiques nicotiniques de faible amplitude (<50 pA versus >100 pA chez l'adulte). La sensibilité des EPSCs aux bloqueurs des récepteurs nicotiniques est différente. Chez le nouveau-né, les EPSCs sont totalement bloqués par l'hexamethonium (bloqueur des récepteurs alpha3), tandis qu'ils présentent chez adulte une double sensibilité à l'hexamethonium et à l'alpha-bungarotoxine (antagoniste des récepteurs alpha7). Toutefois, en présence d'agrine (50 ng/ml, 4h), les EPSCs du rat nouveau-né deviennent comparables (amplitude et sensibilité aux bloqueurs) à ceux de l'adulte. De plus, l'agrine module également la voie de communication intercellulaire médiée par les jonctions gap. En effet, le couplage jonctionnel entre cellules chromaffines, fréquent chez le nouveau-né (incidence de 60%), est diminué en présence d'agrine (31%) et devient proche de celui de l'adulte (44%). Ces résultats attribuent pour la première fois un rôle fonctionnel à l'agrine sur une synapse autre que la jonction neuromusculaire et révèlent un effet encore jamais décrit sur le couplage jonctionnel.
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